Je me vois quelque peu contraint de faire de la "réclame" pour un petit ouvrage très riche. Riche parce qu'il émane de l'expérience de son auteur Bernardo Secchi, livrée d'une manière coulante et pédagogique.
En premier, il y a cette (re) définition de l'urbanisme qui s'inscrit dans une temporalité actualisée, portée par les divers sédiments de l'histoire de la ville et du territoire, façonnés durant de longues périodes par les générations successives.
L'urbanisme est l'ensemble des traces signifiant les pratiques élaborées par les hommes pour s'approprier le territoire et la ville. A ce titre, son examen s'appuie sur les modes de leur matérialisation et sur les discours qui les ont accompagné. Ainsi, cette discipline "dilatée" s'apparente plus à un savoir qu'à une science.
Qui est l'urbaniste? Difficile de répliquer...! Secchi énumère les interprétations complémentaires ayant trait à ce métier, mais ..." elles sont comme les vagues sur la plage, des vagues qui s’arrêtent un instant pour se retirer et faire place à d’autres interprétations.” C'est reconnaitre à l'urbaniste les "difficultés" qu'il doit gérer et les paradoxes qui en résultent.
L'urbanisme puise ses ressources dans le passé et imagine le futur; il se positionne entre la vérité et l'éthique...imbu d'un certain militantisme et d'un engagement indispensables à l'exercice du métier.
L'urbaniste hérite de l'histoire d'une ville, celle-ci n'est pas le produit d'un "urbanisme" savant. Elle est le cumul de réalisations de chefs, de militaires, de despotes et d'institutions..et les traces sont sa mémoire, il ne s'agit pas de faire la "tabula rasa", mais d'en saisir les structures qui lui donnent sens et qui la pérennise ...Structures mentales, formelles, techniques et fonctionnelles.
L'urbaniste est aussi souvent en admiration devant les interprétations effectuées par les sciences sociales concernant l'urbanité en mutation. Cependant, il ne doit pas oublier que la ville est aussi "matérialisable"...Comme il ne doit pas ignorer les impacts socio-économiques et culturels de ses réalisations...Autant se doter de cet attribut ubuesque...!
En conclusion Secchi considère l'urbanisme comme "une écriture qui accompagne et pénètre les différentes formes du projet de la ville et du territoire, qui décrit, illustre, démontre, argumente, suggère et sollicite les imaginaires collectifs et individuels. Loin de l'invention continue et de la consommation rapide de paroles,..., l'urbanisme est écriture épique et polyphonique transcendant la contingence dans laquelle une époque s'exprime à travers ses différentes voix. L'urbaniste, plutôt que producteur de projets à contenus techniques de qualité, est créateur d'images, de récits, de mythes...".
SECCHI Bernardo
Première leçon d'urbanisme
Ed.Parenthèse. Coll. Eupalinos. 2006. 155 p
1ere ed. prima lezione di urbanistica. 2000.
Traduit de l'italien par Patrizia Ingallina.

